les baisers au chocolat ...
17/11/2009 10:36 par heim
Quand ma mère a décidé que je passerai l'année scolaire 85-86 chez mon père, elle a voulu avant tout se débarrasser de moi pour vivre avant de faner une dernière fois une vie de femme libre qui ne serait pas encombrée d'une enfant qu'elle a désirée avec un homme mais dont elle ne voulait plus dès l'instant qu'il mettait en péril son semblant de couple.
Ma mère m'a imposé à mon père, sans me demander mon opinion, sans demander si moi j'en avais envie, besoin... pour comprendre mes besoins elle interprétait ce qu'un psy analysait de mes dessins... et même là le psy ne me regardait pas, ne regardait pas mes dessins, mais tentait de me faire rentrer dans des cases. des schémas qu'on lui avait décrit dans ses livres et qu'il avait bien appris comme un bon étudiant pour pouvoir les régurgiter à des mamans névrosées.
La compagne de mon père lui avait déjà donné un fils, Lloyd et à la fin de l'été, elle a annoncé à mon père qu'elle était enceinte de nouveau... Elle est tombée enceinte au moment où s'est décidé cette tragédie (oui c'est une tragédie plus qu'un simple drame.) Hasard ? je ne sais pas .. ce n'est pas elle qui est au centre de ces interrogations.
Ma mère a choisi de m'envoyer vivre un an chez un homme qu'elle savait alcoolique et violent. Elle a justifié ce choix plus tard en arguant que la compagne de mon père aurait servi de garde-boue... Mais comment la croire alors que seuls des mots de haine et dégradants sortaient de sa bouche à son encontre ?
En une année à Tahiti (11 mois) j'ai habité à Pirae, Arué, papeete, Arue de nouveau puis papeete de nouveau. Mon père ma déposée comme un animal dégoûtant chez des amis à lui pendant 3 mois, pendant que liu était en France, ma belle mère est repartie en France pour accoucher... et j'ai passé presque 1 mois seule, dans l'appartement de fonction du bureau d'architecte de mon père. J'ai habité presque 3 mois avec mon père sans ma belle mère...
Il a eu un comportement incestueux jour après jour, il m'a humilié, maltraité verbalement, physiquement, il m'a frappé, et pour finir il m'a renvoyé, il m'a chassé, de son coeur de sa vie, de sa famille, de son amour.
Sa compagne est devenue complice et m'a mise dans un avion. Papeete - Los Angelès - Paris.
18h de vol, 6 heures de transit à Los Angelès.... sans prévenir personne en France.
24h
24h d'abrutissement le plus total, pas de panique... un avion en l'air quand il vole on ne peut ni en sortir ni craindre le monde. On est DANS l'avion et l'avion VA vers sa destination. POINT.
Mais quand on est en transit, TOUT m'est passé par la tête ... fuir, disparaître... commencer une autre vie... sans que personne jamais ne sache où j'étais... mais sans mes affaires mes vêtements, tout ce qui me rattachait à la France, puisque presque tout venait de là... et tout ce qui était mon passage à Tahiti... tout était dans les soutes dans des containers prêts à de nouveau traverser les mers.
Alors j'ai attendu.
et si ma mère ne voulait pas de moi... moi dont elle avait cherché à se débarrasser moi, encombrante dans sa vie.
Comment faire ?
Tenter alors de coller à l'image à laquelle elle voulait que je ressemble. Une jeune fille bien éduquée, jupe plissée cheveux lisse, éduquée obéissante...
Alors j'ai tout fait pour me déguiser en ça.
J'ai espéré que la compagne de mon père ait appelé ma mère ... Impossible qu'elle ne l'ait pas fait, elle, mère de 2 enfants...
et pourtant...
L'avion a atterri à 18h à Paris.
Devant moi les personnes de l'avion guettaient en descendant de l'avion un visage familier, se jetaient dans les bras de leurs amis, de leur amoureux, de leur famille... et pour moi... personne.
Personne n'était là.
Je n'était plus rien.
Plus rien pour personne.
j'avais 3 valises 2 sacs... et avec ça... je devais faire face à l'impossible. L'inpensable.
je me suis rapproché de stewards et stewardesse au sol... je leur ai demandé s'il n'était pas possible de tenter de joindre quelqu'un ... ma mère, ma soeur ... quelqu'un ...
impossible qu'aucun adulte ne soit là pour une enfant d'à peine 13 ans... ce petit bout d'ado.
"Retourne près de la porte d'arrivée on viendra te chercher dans pas longtemps... j'en suis sûr"
alors j'ai croisé les doigts... pourvu que ma pièce de 5 francs soit encore dans ma lampe de poche ... Forcément... je n'avais dans mes poches que des Francs Pacifiques... alors la pièce de 5 francs ... aurait été une aubaine pour pouvoir téléphoner.
OUI !!!
5 francs... 5 francs... réfléchir qui appeler ... quels sont les numéros de téléphone...
appeler oui mais qui, et comment ?
quelle heure est-il ? 19h45 ?
l'appartement de ma mère, où j'ai habité 1 an avant de partir à Tahiti. ... Personne ....
le bureau de ma mère ? .... personne ...
et déjà 2 francs partis.
j'ai alors appelé ma soeur au foyer où elle habitait...
je me souviens sont incrédulité...
je me souviens ensuite comme dans un brouillard avoir appelé de nouveau le bureau de ma mère... J'ai eu son responsable au télépone qui est venu me chercher en jaguar. 20h30.
et ma tête me faisait déjà mal.
j'avais froid.
j'avais envie de disparaitre...
je m'étais changée dans les toilettes de l'avion peu de temps avant l'attérissage, propre (lavée au lavabo quoi) habillée comme une petite collégienne d'école privée tenue par des soeurs, un noeud dans les cheveux...
je m'étais glissé dans la peau d'un personnage que ma mère voulait voir. je n'habitais plus là.
et j'ai souri blagué, rit ... lavé les mains avant de passer à table...
feignant la totale surprise de ce retour innattendu, j'ai joué le rôle le plus dur de ma vie.
j'avais envie de plonger les 2 mains dans ma cage thoracique, craquer le cartilage, m'écarteler, sentir craquer chacun de mes os. L'air me brulait, j'avais l'impression d'être un poisson hors de l'eau et je devais penser à faire un effort pour ne pas cesser de respirer,
Mon coeur à chaque battement faisait le bruit d'un immeuble qui s'écroule, raisonnant dans chacun de mes os, et me torturait. Laisser s'échapper en nappe mon sang vermillon, le laisser s'écouler
J'avais envie de hurler ma douleur, de renverser ma tête en arrière d'ouvrir la bouche et de laisser sortir en un long flot assourdissant toute cette douleur qui me remplissait.
mon esprit rebondissait comme une balle en cahoutchouc comme projeté contre mon crâne, mes pensées allaient en tout sens...
et j'offrais à mon beau frère, à ma 1/2 soeur, à ma mère, la parente la plus souriante et joviale qu'ils n'avaient jamais espéré voir.
et le souvenir de moi à l'intérieur se demandait comment stopper tout ça... comment arrêter ce vacarme.
j'ai commencé les jours qui ont suivi à me replier à l'intérieur de moi, je regardais mes chaussures, j'avais froid en permanence, je dormais et quand je ne dormais pas j'étais silencieuse.
Ma mère m'a alors reffourguée à ma grand mère, écrasant sa promesse d'irlande et de découverte de l'île en roulotte attelée.
Ma grand mère m'a inscrite dans les "clubs" de plage de La Baule. J'y ai retrouvé mes camarades des années précédentes, mais celà faisait plus d'un an qu'ils ne m'avaient pas vu. peu m'ont reconnu, aucun n'a voulu se lier d'amitié tant sur mon visage la fracture de moi était visible... les enfants voient avec le coeur... et le miens était en boullie.
j'ai trouvé une après midi comment faire taire tout ce vacarme ... je voulais retrouver quelques secondes de silence, de paix, d'amour.
j'ai vidé l'armoire à pharmacie de ma grand mère. je n'ai pris QUE les médicaments dont il ne fallait pas dépasser la dose prescrite. 2 assiettes creuses pleines de couleurs. pas très marrantes les couleurs des médocs ... c'est soit caca, soit tape à l'oeil... le plus dur a été de boire encore et encore pour avaler ces comprimés. et puis l'engourdissement est arrivé... comme un grésillement de mise sous tension....
je me suis dépéché de tout avaler, finissant mes assiettes comme une gentille fille. j'étais contente, ça marchait, je n'arrivais plus très bien à entendre ce que je pensais. Mais combien de temps est-ce que ça allait tenir ? Je me sentais comme alcoolisée... j'ai tout bien rangé... en marchant pour faire circuler mon sang pour que le produit s'infiltre partout si mon esprit était engourdi peut-être que ma poitrine ne me ferait plus mal dans quelques instants... alors j'ai marché m'emfonçant dans le brouillard.
... et je suis morte.
Ce n'est pas une allégorie, je suis morte. Mon coeur a cessé de battre et j'ai été réanimée 6 fois.
Je suis revenue à la vie plusieurs fois, et plusieurs fois j'ai choisi le silence, la paix.
Il aura fallu les larmes, la rage, l'amour de mon oncle pour que je choisisse contre mon envie de partir, de revenir... mais ce sera peut-être le sujet d'un autre billet.